Les journées passent , le temps coule dans son sablier invisible, et moi je reste immobile et glacée , dans un coin où le bruit du monde me parvient comme un chant émanant des lointains océans , les océans furieux qui écoutent mes confessions secrètes , les vagues qui se lamentent auprès de mon faible cœur , l’écume de l’eau qui m’attire vers ses profondeurs . Le monde est en moi , le soleil , la pluie , l’air invisible qui me traverse , et cette lumière blanche, presque accablante qui excite mes yeux , sa lourdeur se heurte à ma tête , pour me rappeler que le monde continue , que la vie s’écoule , que le jour est un enfant qui respire l’existence. chaque nouveau matin ,chaque aurore ouvre un trou dans le ciel , semble s’écarter pour accueillir les nouvelles promesses d’une nouvelle existence .
Pourtant , cette vie est toujours la même , le même cri d’angoisse qui se répète , le même feu qui s’enflamme à l’aube , qui brille tout le jour pour mourir en fin de journée . L’étrange en toute cette ressemblance c’est que chaque jour est le même que le précèdent , mais jamais du même impact . Les larmes restent des larmes , de l’eau salée et excise qui coule des yeux . Des larmes de peines , des larmes de joie , ça ne change guère la nature de cet eau , la substance transparente des larmes . C’est ainsi que les jours sont des jours , les nuits une étendue infinie de noir , de ténèbres , d’abîmes terrestres qui s’ouvrent le soir , des âmes qui s’endorment et d’autres qui respirent sans se lasser la fraîcheur du noir , tandis que la roue du temps tourne , elle est présente , quasiment réel . Rien ne change dans cette chaîne implacable de l’existence , sauf la sensation que porte mon cœur en fin de journée, un vertige presque incurable une peine mêlée à une certaine mélancolie indéfinie et je ne peux comprendre l’angoisse fraîche qui trouve sa source dans mes entrailles. Je me contente d’admirer le voile de la nuit qui retombe , laissant mes espoirs dans les ténèbres du doute , mes ambitions accrochées à une étoile qui brille dans les horizons , et ma vie qui m’échappe , se dissipe d’entre mes mains , rejoint le vent du sud qui continue son voyage , accompagnant la roue du temps qui tourne , tourne … et dont le vrombissement presque étouffé m’arrive comme des lettres d’adieu.
Amal |