Printemps ( Dédié à Madame Nouzha)
Le printemps se penche sur le corps âpre et sans couleurs de la vie , on ne voit plus rien dans les traits du ciel que ses nouvelles promesses, et le baiser évanoui du froid qui se retire frustré derrière un rideau de rouge et de vert , un voile blanc qui reflète sur la page du vent une prière d’antan , que tous les cœurs murmuraient secrètement . Le sang coule de nouveau dans les veines de la nature , le jaune est effacé par un déluge de papillons multicolores et le gris des nuages est brodé par des ficelles bleues et or , volées au soleil au moment de son sommeil . Une âme libre se faufile dehors pour s’allonger dans l’herbe qui sent le parfum exquis d’un nouveau printemps , boire de l’eau des roses , toucher de ses mains la transparence de l’air et s’adonner sans retient aux chutes du vent sur les cascades . Suivie par la voix qui l’appelle de loin et qui lui chante l’ancienne mélodie de la paix , la ballade des jours heureux , les pulsations des coeurs de ceux qui n’ont que le silence pour parler , qui ouvrent la bouche pour la refermer , condamnant leur voix au destin de l’infini . Elle continuait son chemin , peuplant chacune des allées vides d’un rêve qu’elle sacrifiait au printemps , qu’elle offrait à la mémoire de ceux qui n’ont pu voire le ciel bleu , récemment couvert d’étincelles colorées. Lorsque l’esprit se détache de l’étreinte étouffante du corps , la force des souvenirs lutte pour quitter le creux de la mémoire , se libérer des nerfs qui forment sa prison . Le mur qui nous sépare de la folie est rompu au moment ou l’appel de la révolte devient strident , le printemps par sa puissance naturelle , par son effet invincible qui met en mouvement chaque sens , qui conduit au dérèglement la raison et le cœur , ce printemps souverain agit sur nous comme un hypnose , agit sur nos malheurs comme une plume qui efface l’encre noire par une encre blanche , exerce sur nos esprits la même magie que celle à laquelle les hommes ne croient plus. L’âme libre se heurte aux parois des souvenirs , guidée par les parfums du printemps , se sacrifie aux fantaisies de l’imagination , lorsque la réalité devient plus accablante que possible. Le soleil réchauffe quand l’hiver a aspiré la pulpe du bonheur , et le froid a épuisé les puits de l’espoir . Quelques mois à rêver dans les bras de la nature , pour oublier l’étouffement des nuits sans fins dans la solitude. L’errance est remède des malheurs , surtout sous le ciel aux milles couleurs d’un nouveau printemps. Amal |